Rêve Party
Ils font un show Alice au Stunt Show, ils ont filé ça à un gars que je connais pas du tout. Les concepts sont flippants.
Genèse.
À cette époque, le trentième anniversaire bat son plein et son aura dépasse le cercle des initiés. Galvanisé, le département Spectacles obtiendra Million Splashes (bientôt saboté par des budget cuts) et une carte blanche, ornée de ♥️♦️♠️♣️.
Dans la société depuis 2019, le show director Matteo Borghi signe des productions mineures et petits happenings, pour DLPEG 1 notamment. Alice devient son premier show d’envergure, dans l’enveloppe globale des Parcs. Et quelle enveloppe. Budgétisé sur cinq ans, « Retour au Pays des Merveilles » représente l’un des plus gros investissements Spectacle de l’Histoire du Resort.
Démesure du lieu d’abord. Dès le départ, il est figé que l’enceinte gardera une tonalité sportive tout en intégrant des éléments urbains, très à propos dans le contexte de #Paris2024. L’ombre des JOP, son flux de visiteurs essoufflés par la chaleur et ses allées impraticables… L’occasion parfaite pour ramener à la vie Stunt Show et ses 3000 places, terrassé en 2020 par une épidémie de COVID liée à l’endogamique EPC2. Un projet lié à Avengers Campus Paris avait bien émergé. Le lieu ne partagera avec son voisinage super-héroïque qu’un partenariat assez discret avec EDF et quelques odeurs de poudre.
La vision validée, la fine fleur est mobilisée. Il est décidé que les démentiels décors, indispensables pour maquiller l’arène, bénéficieront d’un budget XXL. La musique sera enregistrée à Nashville et les chorégraphies confiées aux équipes de Together. Rien de neuf sous le soleil.
Après de longues semaines de répétitions à la Disney Events Arena, quelques réajustements seront nécessaires une fois le spectacle installé aux Walt Disney Studios, dûs à de lourdes difficultés scénographiques. Quelques semaines avant la première, mauvaise nouvelle supplémentaire, le spectacle voit son Press Event annulé. Mais rien ne pourra venir gâcher la fête le 18 mai, jour de premières représentations au public.
Opération place nette.
J’ai pour l’habitude de ne jamais boire d’alcool, prendre de drogue ou toute autre substance pouvant altérer mon jugement. «Retour au pays des merveilles» fait figure d’exception à la règle. Des danseurs aux acrobates en passant par les écrans et musiciens, la stimulation est totale et permanente.
À l’affiche de ce Tomorrow-land fou on compte The Greatest Showman, Mad Max, Chantal Goya, Ariana Grande, Johnny Hallyday et les Choristes. Un tout qui crie « Disneyland Paris ».
Rien n’est interdit et tout semble suivre une direction artistique en roue libre, dans une étrange harmonie. Les fans du dessin animé d’origine trouveront ça et là quelques références… totalement noyées par un rouleau compresseur d’explosions, guitares électriques et véhicules martiens.
Musicalement, deux productions originales mettent en valeur les personnages principaux… sans pour autant être certifiés de « bop ». Peu importe, la chanson titre est un 4 chords fantastique. Les deux compositions d’entrée / sortie du public sont-elles absolument parfaites.
Le soin accordé aux orchestrations et surtout à la production musicale est de très haut niveau. Plusieurs équipes semblent avoir contribué à la bande originale pour respecter au mieux chaque univers. En parallèle, un Incroyable travail de bruitage et de SFX ultra modernes donne une épaisseur et un rythme indispensables. Frissons.
En parfaite harmonie avec la musique, la création vidéo est LA prouesse du spectacle. Les écrans sont parfaitement intégrés dans le décor et quasiment invisibles avant qu’ils ne s’animent. Le choix des graffitis ultra colorés galvanise toute la mise en scène. Énorme plaisir.
Plus folle que jamais, l’incroyable team SFX de Disneyland Paris semble s’amuser autant que nous. « Qu’est ce que vous avez pris? Je sais pas j’ai pris n’importe quoi. ».
Disneyland Paris fait du Disneyland Paris.
Et parce que l’enthousiasme est toujours rattrapé par quelques travers, Retour au Pays des Merveilles n’échappe pas à la règle. Problème principal, le gang des mixeurs fous frappe encore et toujours, sabote la partition et, pire encore, les dialogues prononcés en direct. Une partie du texte est totalement incompréhensible. Cela n’aide pas à supporter les lourdeurs scénaristiques rendant quelques passages inutilement bruyants. Après les catastrophiques Million Splashes et Dazzling, gageons que quelqu’un agisse et vite.
À l’ère des budget cuts, le Labor n’a pas été épargné et souffre de la comparaison avec le gigantisme du set. La famélique troupe, à peine plus nombreuse que sur les autres spectacles, fait de son mieux mais peine à occuper pleinement l’espace. Immense frustration aussi que de ne compter que deux instrumentistes. Chacun se démène pourtant et cela se ressent.
Téloche ?
Dans l’attention des acrobates BMX à réussir une figure, dans un solo de guitare bien ajusté ou dans un texte qui claque à l’oreille, on sent ici et là poindre beaucoup de passion, d’implication d’artistes n’ayant rien en commun sur le papier. La troupe semble vouloir rendre service à une création à laquelle elle croit.
Vision contemporaine sur la forme et sur le fond, le tout prend le parti de débarrasser l’IP de toute vision manichéenne ou dioïque. Qui aura remarqué les genres, inversés, d’une partie des personnages ? Qui s’offusquera de voir l’échelle de valeurs de la Reine de Cœur portée au même niveau que celle d’Alice ? En tordant un peu plus ses personnages, en assumant de repousser un peu plus les limites, Disneyland Paris réaffirme que rien n’est interdit quand on fait confiance à l’intelligence des visiteurs.